
A chaque été, son évènement. Souvent la météo a constitué la seule contrariété estivale de l’honnête citoyen, celui qui travaille, pas le profiteur des allocations sociales. Les avions qui s’écrasent, les attentats quotidiens en Irak, les tueries en tout genre aux quatre coins de la planète et pour n’importe quel motif (Dieu sait qu’on n’en manque pas !!!) ne peuvent pas le détourner de son pack de bière tiède qu’il ingurgite le regard rivé sur le cul de la voisine de la caravane d’en face. Un simple problème de géographie.
Et puis y’a ce cul, ces deux masses de chair qui l’obsèdent depuis quinze ans qu’il fréquente le camping « Bel air ». Ce cul qu’il a pourtant vu s’éroder au fil des années, s’affadir, flétrir, la peau d’orange et la cellulite en plus… Mais le souvenir des fesses fermes et rebondies demeure. Un simple problème de nostalgie. Et puis y’a cette télé qui retransmet l’étape du jour. Et notre honnête citoyen quitte le cul de sa voisine pour se souvenir des temps, où enfant, l’oreille collée au transistor, il rêvait des champions aujourd’hui disparus… « Ouaie pas comme ceusse de maintenant… Tous des drogués… » Un simple problème d’époque.
Car il faut bien l’avouer l’évènement estival 2007 sera sans conteste le Tour de France. Cet été encore, l’actualité du Tour de France inspirera à l’honnête citoyen la remarque « Qu’est-ce qu’ils s’enfilent, quand même ! » lorsqu’il regardera de beaux jeunes hommes aux jambes absolument lisses et parfaitement galbées passer sur des bicyclettes rutilantes les vingt quatre cols de l’étape du jour sans essoufflement, grimace et transpiration. Bien loin des cris d’orfraie et hypocrites de commentateurs chargés de Guronsan et de cocaïne qui célébraient il y a encore peu le « Tour du Renouveau », le ton sera pourtant admiratif. Un simple problème de communication.
C’est que nous sommes en 2007 et la défonce est un mode de vie. La défonce, entendons nous bien, pour la performance, la compétition. Pas pour finir affalé dans un canapé, les yeux globuleux et éteints en écoutant Ravi Shankar. Qu’on arrête donc de nous seriner sur la prétendue incompatibilité entre les compléments alimentaires vitaminés et la plus belle course du monde : le peloton passe, et parfois l’arme à gauche, mais le Tour reste, et c’est tout ce qui compte. The Show must go on. Un simple problème pharmaceutique. Passer ses vacances complètement défoncé au milieu de quelques uns des plus beaux paysages du continent... Ça n’est pour beaucoup qu’un rêve, mais un peu moins de 400 garçons et filles le leur font vivre par procuration tous les étés. Lovés dans des canapés ou accoudés à un zinc, mais toujours un pastis ou une bière à la main, ils admirent avec jubilation des êtres proprement surhumains qui explosent la limitation de vitesse en zone urbaine ou en passant les cols. Un simple problème d’aérodynamisme.
C’est que comme la guerre, le sport de haut niveau est un road-show pour des technologies qui s’adresseront in fine au grand public. La formule 1 permet de développer de nouvelles motorisations. La voile permet de tester de nouvelles approches en dynamique des fluides. Le festival des Vieilles Charrues bénéficie à l’industrie de la cigarette marocaine. Le cyclisme, de la même manière, permet à l’industrie pharmaceutique d’essayer de nouvelles molécules en grandeur réelle sans pour autant décimer des écoles maternelles entières au Nigeria. A une époque où la moitié des Occidentaux ne peut envisager de prendre autre chose que l’ascenseur pour grimper deux étages et où l’on tient pour acquis que le progrès technologique est la solution à tous nos problèmes, cet apport scientifique est de salut public. Un simple problème de civilisation.
C’est donc pure tartufferie que de formuler le vœu pieux que les coureurs du Tour de France soient des modèles de vertu médicale et sportive en plus de monstres de course qui passent des cols que même ta première bagnole elle le pouvait pas, en mangeant du riz même bio, des entrecôtes label rouge et en buvant de l’eau aromatisée de sirop à la grenadine. Le public se fout totalement que les coureurs soient dopés jusqu’à la moelle : il l’est aussi et le plaisir qu’il retire de la course n’est pas là. Les cyclistes sont des pions auxquels on peut s’attacher, mais qui seront remplacés. Tant pis s’ils tombent. La permanence du Tour, c’est la France, et le Tour restera un événement magique aussi longtemps que nous aurons un nombril. Un simple problème d’anatomie.
Le championnat de France de football reprend samedi. Marseille rencontre des saucisses. De Strasbourg. Un non évènement. Jouer des Alsaciens en août, c’est aussi courageux que de jouer des Touaregs en janvier.
Vive la France ! Vive la dope ! Et vive les honnêtes travailleurs !!!
Chibani !!!
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Transmis par: chipos
actif Vendredi, 03 Août 2007 @ 10:19