Gagner sa place en Champion’s League, c'est comme aller chasser le lion….
Il y a plusieurs millénaires que ce fauve ne court plus la garrigue provençale. Même chez les buveurs de pastis assidus et besogneux aux hallucinations fréquentes.
Des éléphants roses, des proboscidiens revenant de Gay Pride, je dis pas, mais pas de grand félin… Plusieurs siècles qu’on a pas vu une crinière au milieu des bosquets de thym et de romarin à la recherche de quelque chose pour calmer ses crampes stomacales.
Je dis pas que de temps en temps, en consultant les chroniques locales dans la presse régionale quotidienne, entre la première communion du petit et le troisième mariage de la grande, on trouve pas trace de quelques pauvres félins à moitié pelés, échappés de zoo ou de cirques misérables pour hanter pendant quelques heures nos collines environnantes. On en trouve aussi quelques restes, poussiéreux, ceux d’un vieil ancêtre aux dents de sabre, au musée Longchamp. Une espèce de gros chat aux dents très longues…
Une espèce de félin carriériste qui aurait pu faire le bonheur de quelques dentistes… Mais bon, point de vrais bons lions rugissants… Et pourtant, malgré cela, demeure dans la culture locale, un vieux savoir faire transmis au fil des générations. Une technique classique, connue depuis Alphonse Daudet… Pas cet artifice, farce lyonnaise, beaucoup moins risquée, qui consiste à faire semblant d'aller chasser le lion, de traquer en fait quelques lapins et de faire croire aux sponsors que leurs dépouilles sont des peaux de lion. Non, non, je veux évoquer ici, la vraie chasse aux lions…
Et cette chasse particulière requiert comme toute bonne chasse de réunir plusieurs conditions pour qu’elle soit fructueuse :
• Il faut tout d'abord trouver un sponsor dispendieux qui finance l'expédition.
• Ensuite, il faut recruter une équipe de chasseurs et de rabatteurs, généralement au nombre de 23. On ne sait pas au début qui est rabatteur et qui est chasseur, c'est l'attitude face à la bête qui permettre de faire la différence.
• Il est important aussi, au sein de la tribu, de prévenir les experts en chasse (qui sont soit trop vieux pour chasser, soit qui ne connaissent de la chasse que la lecture de traités sur le sujet) et les journalistes mandatés par les sponsors pour raconter l'histoire quand l'aventure sera terminée.
La chasse peut alors commencer, elle se déroule généralement en six phases :
1) le rabattage
Les chasseurs, les rabatteurs et les experts en chasse partent gaiement traquer la bête poussés par 60 000 sauvages dont certains dansent à moitié nu pour s’attirer les soi-disantes bontés des dieux de la Nature. Les vieilles croyances animistes resurgissent… Les gris-gris, les peintures et les tatouages rituels, les chevelures colorées… Manquent juste, les plumes dans le cul, les fameux plumages anaux…
Tout va bien, la fleur est au bout du canon, l'ambiance est joyeuse, la pelouse est tondue, la bête n'est pas encore en vue.
On élabore déjà des stratégies de chasse, on imagine des méthodes pour quand la bête apparaîtra, comment on lui portera les premiers coups jusqu’à l’estocade finale.
2) le corps à corps
Ça y est ! La bête est là !
On distingue alors très clairement les véritables chasseurs des rabatteurs :
• les chasseurs font face avec un succès variable à l'animal rugissant en tentant de lui porter le coup fatal,
• les rabatteurs se protègent derrière les buissons ou grimpent à la cime des arbres, encouragent souvent, parfois conseillent et critiquent.
3) la fin du combat
Souvent les chasseurs, malgré quelques cicatrices, finissent par prendre le dessus sur le fauve.
Au moment où il devient clair que la victoire est à portée, les rabatteurs sortent de leurs abris et demandent pourquoi on ne les a pas attendus pour la mise à mort. Mais si le lion a un sursaut, ils replongent dare dare à couvert ou fuient au sprint retrouver la cime des tribunes Ganay.
4) l'avis des experts en chasse au lion
Le lion est maintenant définitivement mort. Trois balles dans la cage thoracique.
Les experts en chasse s'approchent, évaluent le pelage, déplorent les traces de sang qui tachent la peau, distribuent les bons et les mauvais points.
5) la photo finale
C'est le moment où les journalistes arrivent avec appareils photographiques et caméscopes pour effectuer le reportage sur cette fabuleuse aventure.
Les héros des reportages peuvent être n'importe quels participants à la chasse. Les journalistes cherchent surtout à s'adapter au goût et à l'humeur du sponsor.
6) le dépeçage et le partage des morceaux en fonction des participants
• pour le sponsor : c'est la peau de la bête,
• pour les rabatteurs : la viande,
• pour les experts en chasse qui n'ont jamais chassé : les bons conseils à donner aux futurs chasseurs,
• pour les journalistes : la prise d'une jolie photo,
• pour les chasseurs : la recherche d'autres chasses tout aussi fabuleuses, car ce qui intéresse un chasseur c'est la chasse pas la peau de la bête.
Nota Bene : si un chasseur souhaite dans le futur continuer à chasser le même type de gibier, il lui faut être extrêmement attentif durant la phase de corps à corps à ne pas rudoyer les rabatteurs.
Par Chibani
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Transmis par: Strycker
actif Lundi, 07 Avril 2008 @ 21:46